PRIVATION
La question, des amis parfois me la posent : « Comment vis-tu donc, et comment l'âme ardente Veux-tu donner force aux cœurs qu'a fuis l'espoir ? Le pain et le besoin sont ton lot pourtant. »
Quand j'erre dans les rues d'une métropole, Toutes les misères, tous les dénuements, Lamentation et révolte l'une à l'autre, Mes yeux les rassemblent, mon âme les loge.
Je les mêle ainsi à ma souffrance intime, Préparant avec les poisons de la haine Un âcre sérum – cet autre sang qui coule Par tous les vaisseaux de ma chair, de mon âme.
Cet élixir vous semblerait-il étrange ? Il me rend du moins la conscience du tigre, Lorsque dents et poings serrés, tout de violence, Je passe par les rues d'une métropole.
Et qu'on dise de moi: il est fou d'ivresse, Flux et reflux d'une vision Ne cessent d'investir mes propres pensées, Et je me hâte, assuré de la victoire. |